Nous pouvons continuer de plaider pour rouler moins en voiture, voler moins en avion ou manger moins de viande, mais tant que nos villes et villages ne faciliteront pas ces nouvelles habitudes, ce ne seront que de vains discours. Certes, on réfléchit à des alternatives qui donnent lieu à des expérimentations, mais elles restent marginales. Bien sûr nous avons conclu des accords internationaux, mais ils n’entrent en vigueur que dans un avenir lointain. De plus, l’avenir est difficile à imaginer et la peur de l’inconnu reste grande. Bref, tout le monde sait qu’il faut faire autrement, mais personne ne change son comportement. C’est là que se situe le missing link.

La Biennale internationale d’architecture de Rotterdam a chargé trois commissaires d’exposition dans le cadre de l’IABR-2018+2020-THE MISSING LINK d’étudier le missing link. Floris Alkemade, le maître-architecte du gouvernement néerlandais, Leo van Broeck, le maître-architecte flamand, et Joachim Declerck, architecte belge, accompagneront un processus de recherche en projet. Le but est de mobiliser à l’échelle mondiale une réflexion, des initiatives pour susciter un processus approfondi de recherche en projet dans le domaine des transformations spatiales afin de réaliser les Objectifs de développement durables des Nations unies et de l’Accord climatique de Paris.La question n’est plus de savoir si nous devons nous adapter, mais comment nous pouvons le faire, ce qui est loin d’être clair aujourd’hui. Comment traduire un agenda, des connaissances et des plans en transformation spatiale effective ?

La Biennale comprend deux volets : une biennale de travail en 2018 et une deuxième édition visant des résultats en 2020. L’édition double se trouve entièrement sous le signe des Objectifs de développement durable et se déroule dans deux villes : Rotterdam et Bruxelles. La capitale européenne constitue le décor de You Are Here, expo et trajet où différents acteurs forgent des alliances, réfléchissent à des tournants, puis tentent de les mettre en œuvre, afin de nous permettre d’atteindre les Objectifs de développement durable.

Pour le volet bruxellois des biennales, Joachim Declerck et Leo Van Broeck n’ont pas choisi par hasard le World Trade Center I comme base arrière. Le WTC et son centre commercial sont des vestiges iconiques d’un aménagement urbain du XXe siècle, alors que l’économie tertiaire dominante imposait un quartier d’affaires monofonctionnel. La genèse fort critiquée de l’actuel quartier Nord – où un quartier populaire entier a été balayé en faveur de tours aujourd’hui quasi inoccupées – jette une ombre sur le débat autour de l’incontournable reconversion.

Or, ce qui à première vue semble paradoxal présente justement des opportunités : l’énorme quantité d’espace sous-exploitée pourrait être un excellent terrain fertile pour l’expérimentation. Aujourd’hui, la tour fait fonction de hub pour des créatifs en tout genre et de laboratoire des transitions. Les pratiques, visions d’avenir et synergies qui y naissent nous permettent de saisir à quoi le quartier pourrait ressembler. You Are Here reconnaît cette force motrice et inspirante et entend mettre en œuvre le contexte dynamique du quartier Nord comme plateforme pour rassembler une grande diversité d’acteurs et de pratiques. You Are Here sera le catalyseur pour la mise en place d’un autre type de collaboration dans la pratique spatiale. Ainsi, You Are Here est en même temps l’expression et le moteur d’un mouvement qui ambitionne un bouleversement de notre société, au travers de la pratique spatiale, au sens large du terme.

Cette ambition se reflète également dans la structure de l’exposition et le programme qui la prolonge. Au premier étage, l’exposition dresse un état des lieux – d’où le titre You Are Here – et donne un aperçu non exhaustif des pratiques transdisciplinaires répondant de manière créative et inspirante à l’impasse actuelle. Les réunir dans un seul espace permet d’encourager des rapports sous-jacents et souvent méconnus entre les différentes pratiques. Ces rapports se forgent au cours d’une étape intermédiaire, indispensable pour aboutir à des solutions. Ils constituent en ce sens la tête de pont du modus operandidu programme exposé au 23e étage. La vue sur Bruxelles comme toile de fond y est à couper le souffle. C’est ici qu’on crée, au sens propre comme au figuré, de l’espace pour mettre en place les différentes lignes de travail où les fécondations croisées entre les différents domaines politiques, acteurs, lieux et experts sont activement recherchées afin de conduire aux tournants indispensables et de les imposer.

You Are Here est dès lors aussi – et peut-être avant tout – un terreau fertile pour les différents acteurs afin de forger des alliances, de réfléchir sur et d’œuvrer en faveur des tournants, susceptibles de permettre d’atteindre les Objectifs de développement durable.

 

Type: Expo, Présentation/Débat, Programme, Intervention publique

Année : 2018-2020

Initiateurs : IABR, Architecture Workroom Brussels

Partenaires : IABR, Maître Architecte Néerlandais, Maître Architecte Flamand, Région de Bruxelles-Capitale, Gouvernement des Pays-Bas, Province de Flandre Orientale, Creative industries fond NL, Up4North

La totalité du programme​: You are Here Website

EN FR NL
WORKROOM

Depuis 2010, Architecture Workroom Brussels se consacre à l'avenir de nos territoires. L'organisation a vu le jour comme un tiers-lieu qui plaçait à l'agenda le lien entre l'espace et les transitions sociales et sociétales, afin de soutenir une pratique de conception, une maîtrise d'ouvrage et une culture du bâti adaptées aux défis à venir.

Il est désormais clair que la transformation de nos rues, de nos quartiers et de nos paysages est une condition et un levier pour atteindre les objectifs sociétaux de manière intégrée. Pourtant, on constate que ces transformations restent difficiles à imaginer et à mettre en œuvre. Elles touchent tant de domaines et d'acteurs que la responsabilité incombe à tout le monde - et donc, en fin de compte, à personne.

C'est pourquoi nous choisissons de créer l'espace qui permet de les relier. Et cette mission renouvelée s'accompagne d'un nouveau nom : WORKROOM, Maison de la transformation. WORKROOM est la maison partagée où l'avenir de notre environnement est non seulement imaginé, mais aussi organisé.

Nous prenons aujourd'hui les devants sur trois transformations sociétales:

  • MAISONS DU BIEN COMMUN - D'ici 2030, des acteurs des secteurs de la jeunesse, de la culture, du sport, des soins et de l'enseignement uniront leurs forces pour créer des lieux au service du bien commun, qui s'attaquent structurellement à la solitude, et à la fragmentation et la pression sur les infrastructures publiques.
  • QUARTIERS SANS ÉNERGIES FOSSILES - D'ici 2030, au moins dix quartiers mettront en œuvre la transition d'énergie de manière inclusive et abordable, en vue d'une sortie totale des énergies fossiles d'ici 2040.
  • PAYSAGES-ÉPONGE - D'ici 2030, nous réaliserons les objectifs en matière d'eau, d'agriculture et de nature selon une approche cohérente à l'échelle du bassin versant, au sein de laquelle de solides coalitions territoriales renforceront collectivement la capacité-éponge du paysage.

Afin de réaliser ces transformations, WORKROOM travaille aux côtés des pionnier·e·s parmi les concepteur·trice·s, les pouvoirs publics, les organisations et les entreprises, les administrations, les institutions de connaissance et les investisseurs à impact.

Par la conception co-créative, nous imaginons des chemins d'avenir partagés à travers des expositions, des publications, des trajectoires d'innovation et des programmes publics. Ils forment les 'workrooms' où nous connectons les acteurs qui ont les clefs en main pour concrétiser ces transformations. De là, nous mettons en place les conditions pour une appropriation collective ainsi que les modèles organisationnels, de financement et de gouvernance qui mènent à un changement réel.

Le nom est plus simple. L'engagement plus grand. WORKROOM est la maison partagée où nous portons les transformations socio-spatiales que personne ne peut réaliser seul. En temps de polarisation, de cloisonnement et d'instabilité, c'est peut-être la chose la plus radicale que nous puissions faire.