Le contexte urbain actuel est un environnement qui limite la production alimentaire : d'une part, la croissance démographique a poussé l'agriculture en dehors de la ville, et, d'autre part, le processus de production qui, vu son extension constante, requiert toujours plus d'espace, ne se sent aujourd'hui plus à sa place dans un environnement urbanisé. Le lien entre les producteurs d'aliments et les consommateurs semble perturbé. Il en va de même pour l'eau et l'énergie. L'agriculture est le plus grand consommateur d'eau douce au monde, et plus d'un quart de l'énergie consommée à la surface de la planète est utilisé pour la production et l'approvisionnement en aliments. L'incontestable interdépendance entre ces domaines critiques requiert une approche intégrée afin de garantir la sécurité de l'eau et des aliments ainsi qu'une agriculture et une production d'énergie durables dans le monde entier. Dans les zones périurbaines et les franges grandissantes d’urbanisation des zones métropolitaines, on trouve toutefois souvent une grande diversité de pratiques agricoles, et on constate empiriquement que les fermiers urbains jouent un rôle clé en tant que gestionnaires locaux et décentralisés de l'alimentation, l'eau et l'énergie.

Urbanising in Place est une collaboration internationale visant à étudier les pratiques agricoles et les cultures vivrières en périphérie des grandes villes. C'est ce que nous appelons l’« urbanisme agro-écologique », un modèle d’urbanisation centré sur l’alimentation, les cycles métaboliques urbains ainsi que sur une éthique d’intendance des terres, d’égalité et de solidarité. Le projet se propose d’étudier le contexte physique et métabolique, c'est-à-dire la relation entre l'input et l'output dans le cadre de l'urbanisme et l'agriculture. Urbanising in Place va également se focaliser sur les scénarios de valorisation économique et les processus politiques permettant l’émergence de possibilités alternatives dans la chaîne, ainsi que sur les pratiques et configurations spécifiques que les agriculteurs et les collectivités productrices d’aliments peuvent développer pour reprendre le contrôle des ressources et revendiquer un rôle actif en tant qu'acteurs agro-écologiques du nexus alimentation-eau-énergie dans la métropole.

Urbanising in place réunit des pratiques innovantes issues de quatre contextes différents (Riga, Rosario, Bruxelles, Londres) dans une plate-forme internationale d’échange basée sur l'apprentissage mutuel et l’identification des mesures indispensables au changement. Architecture Workroom est en charge de la mise en œuvre du Brussels case (avec l’Université de Gand), BoerenBruxselPaysans et Terre-en-Vue et de la coordination de la plate-forme internationale d'échange d'apprentissage (avec comme partenaires Shared Assets et RUAF.

L'étude Brussels case veut explorer les mécanismes alternatifs d’accès aux terres pour des activités de cultures alimentaires agro-écologiques, en liant la production alimentaire périurbaine aux défis métaboliques dans une région métropolitaine plus vaste. En Flandre, le contexte est fortement dominé par une urbanisation très étendue, souvent perçue comme un élément négatif (trafic intense de navetteurs, raréfaction de l'espace ouvert, extension du ruban bâti...). La métropole horizontale (selon un concept de Paola Vigano, qui cherche les qualités et opportunités offertes par une urbanisation étendue) a en effet besoin de fermiers.

Historiquement, Bruxelles était entourée d'un paysage agricole saupoudré de quelques lotissements disséminés. La production y était (partiellement) axée sur la consommation locale. Vu le contexte politique général, avec des exploitations agricoles qui grandissent et des agriculteurs qui se raréfient, la frange périurbaine perd rapidement ses fermiers. Au-delà d’augmenter l’empreinte carbone parce que les aliments sont acheminés de plus loin, on crée de la sorte un paysage urbanisé qui perd sa base productive. L’infrastructure de la métropole horizontale s’appuie largement sur une infrastructure aux origines rurales et agricoles. L’existence, l’entretien et la reproduction de cette infrastructure dépendent largement de l'agriculture. En d'autres termes : si on supprime les fermes, les infrastructures doivent-elles encore être entretenues par le collectif ? Ne doivent-elles pas plutôt être considérées comme une propriété privée dont les frais sont à charge des propriétaires ?

À la lumière des efforts consentis pour ramener de nouvelles formes de production vivrière dans cette région, nous voulons étudier à la fois les modèles agricoles et les passerelles à construire avec le principal marché urbain (Bruxelles), qui relève administrativement d'un autre pouvoir politique que la frange périurbaine.

Bruxelles, en tant que lieu choisi pour l’atelier inaugural et la conférence de clôture, est mise à l’avant-plan du hub central d’innovation aliments-eau-énergie du consortium. Le consortium international s’est réuni pour la première fois du 18 au 20 septembre 2018 dans les espaces de travail You Are Here de la tour WTC I, dans le Quartier Nord de Bruxelles.

« Urbanising in place » est l’un des projets retenus pour l’Initiative mondiale pour l’urbanisation durable (SUGI) Nexus Aliments-Eau-Énergie (en anglais : le SUGI-FWE Nexus), créé conjointement par Belmont Forum et la Joint Programming Initiative Urban Europe. Cette coopération a vu le jour pour rassembler les recherches et l’expertise éparpillées sur la planète, afin de trouver des manières innovantes de répondre au défi du nexus Aliments-Eau-Énergie. Le SUGI-FWE Nexus est soutenu par la Commission européenne et financé dans le cadre du programme Horizon 2020 ERA-NET Cofund. Architecture Workroom Brussels bénéficie du soutien d’Innoviris Brussels.
 

Type : étude, atelier

Période : mars 2018 – mars 2021

Initiative : JPI SUGI Urban Europe, Belmont Forum (international) et Innoviris (Bruxelles)

Partenaires : BoerenBruxselPaysans, Terre-en-Vue 

Coproducteurs : Universiteit Gent (BE), Coventry University (UK), Sheffield University (UK), Quantum Waste (UK), Shared Assets (UK), Wageningen Universiteit (NL), Sampling (LV), Art Academy of Latvia (LV), Conicet (AR), URBEM (BR), RUAF

Lien externe: Urbanisinginplace.org

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WORKROOM

Depuis 2010, Architecture Workroom Brussels se consacre à l'avenir de nos territoires. L'organisation a vu le jour comme un tiers-lieu qui plaçait à l'agenda le lien entre l'espace et les transitions sociales et sociétales, afin de soutenir une pratique de conception, une maîtrise d'ouvrage et une culture du bâti adaptées aux défis à venir.

Il est désormais clair que la transformation de nos rues, de nos quartiers et de nos paysages est une condition et un levier pour atteindre les objectifs sociétaux de manière intégrée. Pourtant, on constate que ces transformations restent difficiles à imaginer et à mettre en œuvre. Elles touchent tant de domaines et d'acteurs que la responsabilité incombe à tout le monde - et donc, en fin de compte, à personne.

C'est pourquoi nous choisissons de créer l'espace qui permet de les relier. Et cette mission renouvelée s'accompagne d'un nouveau nom : WORKROOM, Maison de la transformation. WORKROOM est la maison partagée où l'avenir de notre environnement est non seulement imaginé, mais aussi organisé.

Nous prenons aujourd'hui les devants sur trois transformations sociétales:

  • MAISONS DU BIEN COMMUN - D'ici 2030, des acteurs des secteurs de la jeunesse, de la culture, du sport, des soins et de l'enseignement uniront leurs forces pour créer des lieux au service du bien commun, qui s'attaquent structurellement à la solitude, et à la fragmentation et la pression sur les infrastructures publiques.
  • QUARTIERS SANS ÉNERGIES FOSSILES - D'ici 2030, au moins dix quartiers mettront en œuvre la transition d'énergie de manière inclusive et abordable, en vue d'une sortie totale des énergies fossiles d'ici 2040.
  • PAYSAGES-ÉPONGE - D'ici 2030, nous réaliserons les objectifs en matière d'eau, d'agriculture et de nature selon une approche cohérente à l'échelle du bassin versant, au sein de laquelle de solides coalitions territoriales renforceront collectivement la capacité-éponge du paysage.

Afin de réaliser ces transformations, WORKROOM travaille aux côtés des pionnier·e·s parmi les concepteur·trice·s, les pouvoirs publics, les organisations et les entreprises, les administrations, les institutions de connaissance et les investisseurs à impact.

Par la conception co-créative, nous imaginons des chemins d'avenir partagés à travers des expositions, des publications, des trajectoires d'innovation et des programmes publics. Ils forment les 'workrooms' où nous connectons les acteurs qui ont les clefs en main pour concrétiser ces transformations. De là, nous mettons en place les conditions pour une appropriation collective ainsi que les modèles organisationnels, de financement et de gouvernance qui mènent à un changement réel.

Le nom est plus simple. L'engagement plus grand. WORKROOM est la maison partagée où nous portons les transformations socio-spatiales que personne ne peut réaliser seul. En temps de polarisation, de cloisonnement et d'instabilité, c'est peut-être la chose la plus radicale que nous puissions faire.