Partout en Flandre et à Bruxelles, les maisons de quartier, les églises, les écoles et autres équipements collectifs sont confrontés à d'importants besoins de rénovation ou de transformation. Une autre dynamique se dessine en parallèle : la demande de lieux de rencontre où différents groupes et programmes peuvent se côtoyer ne cesse de croître, dans notre société de plus en plus diversifiée, vieillissante et individualisée. Comment concilier ces deux dynamiques ? Au sein du « Leeromgeving sociaal-maatschappelijke infrastructuur » (Environnement d’apprentissage Infrastructure sociale), des organisations, des experts, des acteurs publics élaborent un nouveau cadre et une nouvelle pratique en matière d’infrastructure sociale.   

De projets exceptionnels à une pratique courante : une double dynamique  

Partout, nous voyons émerger de nouveaux types d’infrastructures sociales qui répondent aux besoins actuels : une école partage ses locaux avec des associations de quartier, une ancienne église paroissiale accueille la vie communautaire locale et des activités pour les jeunes, une maison de soins rassemble différents profils de soins et ouvre ses locaux aux habitants et aux initiatives de quartier. Bon nombre de ces modèles pionniers d'infrastructures sociales voient le jour aujourd'hui malgré, et non grâce à, un cadre politique et financier favorable. Nous sommes pourtant aujourd'hui face à une double dynamique. 

D'une part, la majeure partie de notre vaste réseau d'infrastructures communautaires – qui compte près de deux mille églises paroissiales, une dizaine de milliers d'établissements scolaires, 1 800 établissements de soins et environ 900 bâtiments destinés aux associations et à la culture – a un besoin urgent de rénovation. En période de restrictions budgétaires, les coûts liés à ces travaux pèsent lourdement sur le budget des villes et communes. La gestion immobilière se réduit ainsi à une simple question financière, et les gestionnaires immobiliers font trop souvent des économies en mettant les biens en vente. Si cela permet de sauver le budget à court terme, ne risquons-nous pas en même temps, à plus long terme, de compromettre l'accès aux équipements publics pour les habitants et les associations de quartier et la société dans son ensemble ?  

D'autre part, la plupart de ces infrastructures ont été réalisées pour une société dont la composition et les habitudes ont depuis lors changé. Elle devient plus diversifiée, plus numérique et plus individualisée. Par ailleurs, nous sommes confrontés à des défis majeurs pour lesquels ce sens de la collectivité est justement indispensable. Il y a donc d'autant plus besoin d'un réseau de lieux offrant un espace et un souffle de vie à diverses interactions sociales. On voit une richesse et un dynamisme émerger avec de nouveaux types de lieux communautaires et d'équipements collectifs qui répondent à ce besoin, mais qui se heurtent à un cadre administratif et financier axé sur un secteur, incapable de les soutenir pleinement dans la pluralité de leurs missions.  

Ces deux dynamiques défavorables se renforcent mutuellement : une offre de plus en plus restreinte en matière d'immobilier et d’équipements collectifs réduit les chances de répondre aux nouveaux défis sociaux. Pouvons-nous néanmoins transformer ces dynamiques en une nouvelle approche positive ? Le principe de la « sufficiency » (suffisance) – la stratégie du « juste assez » – offre un cadre pour y parvenir : réutiliser au maximum les bâtiments, permettre le partage, miser sur la suffisance énergétique plutôt que sur le confort absolu...  

Environnement d'apprentissage « Infrastructure sociale »  

Avec l’Environnement d’apprentissage de l’infrastructure sociale, Workroom a franchi début 2025 une étape vers le développement de cette nouvelle approche, avec le soutien du gouvernement flamand via Polsslag Brussel et le Décret sur les arts. Au cours de trois sessions de travail, de nombreux entretiens bilatéraux et des conférences ouvertes à toutes et tous, des initiateurs locaux, des experts, des concepteurs et des décideurs de différents secteurs ont contribué à l’élaboration d’un cadre et d’une pratique pour le développement d’une infrastructure sociale futureproof : comment répondre au mieux aux questions et aux dynamiques sociales avec le patrimoine immobilier disponible et les moyens existants ? Pouvons-nous élargir la perspective financière et technique dominante et la relier à une méthodologie qui recense la demande locale, engage les parties prenantes dès le début, et ce dans un cadre qui soutient de manière proactive le développement d’infrastructures sociales ?  

Neuf clés pour une infrastructure sociale tournée vers l'avenir  

Après un an d’échanges, les ingrédients d'une nouvelle pratique ont été rassemblés dans le manuel « Neuf clés pour une infrastructure sociale futureproof ». S'appuyant sur les idées innovantes en matière de mise en relation, de structures de gestion et d'organisation, de modèles financiers, etc., tirées de nombreuses initiatives et organisations pionnières, cette publication formule neuf clés et des dizaines d’exemples pour une nouvelle approche :  

1. Confier le mandat et les moyens aux bonnes personnes au bon endroit  

L'infrastructure sociale est autant une question humaine que technique.. Partout, les lieux communautaires s'appuient sur l'énergie et l'esprit d'initiative des pratiques et experts locaux qui stimulent, relient et pérennisent. En leur confiant mandat et moyens, de nouveaux rôles émergent dans les différentes phases du développement de projet et des potentiels usagers.  

2. Relier les besoins sociaux aux opportunités spatiales  

Les dynamiques sociales et les équipements spatiaux varient d'un quartier, d'un village ou d'une ville à l'autre ; les besoins et les opportunités auxquels l'infrastructure socio-spatiale doit répondre sont donc également différents. Pour garantir que l'infrastructure sociale réponde efficacement à ces besoins et opportunités, une analyse socio-spatiale intégrée, combinée à une évaluation immobilière stratégique, constitue un point de départ indispensable.  

3. Faire le « matchmaking » entre les porteurs de projets et les utilisateurs  

La mise en place d'écosystèmes interdisciplinaires, multifonctionnels et ancrés dans le lieu pour l'infrastructure sociale nécessite un processus de formation de coalitions et de co-programmation avec des acteurs publics, civils et privés, autour de la table et sur le terrain. Un processus de co-création avec une large coalition garantit un lieu communautaire soutenu et bien ancré.  

4. Examiner étape par étape ce qui est possible et ce qui est réellement nécessaire  

L'intelligence d'un bâtiment existant, ses possibilités spatiales et techniques, mais aussi ses limites, peuvent servir de fil conducteur tant pour la programmation que pour le développement. Une approche par étapes permet de diviser la rénovation totale en interventions réalisables et ciblées. De cette manière, l'infrastructure sociale peut se développer progressivement, les décisions étant adaptées aux expériences tirées de l'utilisation (temporaire), aux moyens disponibles et à l'évolution des besoins.    

5. Investir ensemble dans des espaces réalisables et abordables à long terme  

Un modèle financier solide garantit des espaces abordables, permet des investissements à long terme et soutient le développement stable des infrastructures sociales. La mise en commun de différentes sources d’investissement et de revenus permet de maximiser la valeur ajoutée sociale de manière à ce que tous les partenaires, de l’investisseur à l’utilisateur, puissent contribuer à l’ensemble en fonction de leurs propres moyens. 

6. Optimiser la valeur ajoutée sociale grâce à la coopération et à une bonne gestion  

La gestion d'infrastructures sociales qui misent sur le partage de l'espace, qui sont accessibles à différents secteurs et groupes cibles, qui sont axées sur le quartier et qui œuvrent pour l'avenir de la société nécessite des modèles d'organisation et de gestion axés sur la collaboration. Ces modèles clarifient la répartition des responsabilités quotidiennes, s'appuient sur une logique financière et contribuent à préserver la mission commune du lieu.  

7. Encourager l'ouverture, l'engagement et l'appropriation  

Les infrastructures sociales jouent également un rôle en tant qu'environnements où les habitants et les usagers participent activement à la vie de quartier. Ces lieux offrent un espace pour se rencontrer, renforcer la cohésion sociale ou organiser soi-même des activités. Dans un contexte de diversité croissante et de besoins en mutation, de tels lieux sont plus que jamais nécessaires pour construire une société plus forte et plus soudée. Pour cela, il est crucial que les usagers puissent s’approprier le lieu : s’y sentir bien et en sécurité, l’utiliser régulièrement et façonner eux-mêmes la programmation et l’identité du lieu. 

8. Les aménagements spatiaux ouvrent la voie à l'usage partagé  

La conception et l'aménagement des espaces déterminent les activités qui peuvent y être menées, leur accessibilité et les personnes autorisées à les utiliser. Un processus de conception dans lequel l'espace, les utilisateurs et le fonctionnement sont en dialogue constant renforce l'impact et la mission des infrastructures sociales. Des interventions spatiales simples mais bien pensées libèrent le potentiel futur des bâtiments existants et encouragent l’usage partagé, la multifonctionnalité et l’inclusivité.  

9. Le cadre supralocal est un catalyseur pour la pratique locale  

De nombreux lieux communautaires à Bruxelles et en Flandre répondent déjà aujourd’hui aux besoins changeants de la société : ils relient la culture locale et supralocale, les soins et l’enseignement, la jeunesse et le sport. Lorsque la politique supralocale s’aligne sur cette réalité et développe un ensemble d’outils stimulants, elle peut devenir un catalyseur de transformations locales dans de nombreux endroits à la fois. 

Cette publication sert de source d'inspiration pour les porteurs de projets locaux, les administrations, les pouvoirs publics… mais constitue également un appel à l'action collective à plusieurs niveaux, et pas seulement au niveau des initiatives locales. L'environnement d'apprentissage a servi de cadre sécurisant pour explorer les synergies entre les programmes, les investissements et les objectifs politiques. Les éléments constitutifs qui en découlent tracent une orientation, mais ne constituent pas à eux seuls une réponse complète aux défis auxquels est confrontée l'infrastructure sociale. Il reste nécessaire de disposer d'un cadre et de partenariats à long terme entre différents secteurs, niveaux politiques et fonds afin d'accélérer la transition vers une infrastructure sociale plus futureproof

 

 

Période: 2025-2026 

Avec le soutien de:  

The Flemish Government

Agence de l'Administration intérieure – Polsslag Brussel 

Département de la culture, de la jeunesse et des médias – Décret des arts

Vlaams Brusselfonds 

EN FR NL
WORKROOM

Depuis 2010, Architecture Workroom Brussels se consacre à l'avenir de nos territoires. L'organisation a vu le jour comme un tiers-lieu qui plaçait à l'agenda le lien entre l'espace et les transitions sociales et sociétales, afin de soutenir une pratique de conception, une maîtrise d'ouvrage et une culture du bâti adaptées aux défis à venir.

Il est désormais clair que la transformation de nos rues, de nos quartiers et de nos paysages est une condition et un levier pour atteindre les objectifs sociétaux de manière intégrée. Pourtant, on constate que ces transformations restent difficiles à imaginer et à mettre en œuvre. Elles touchent tant de domaines et d'acteurs que la responsabilité incombe à tout le monde - et donc, en fin de compte, à personne.

C'est pourquoi nous choisissons de créer l'espace qui permet de les relier. Et cette mission renouvelée s'accompagne d'un nouveau nom : WORKROOM, Maison de la transformation. WORKROOM est la maison partagée où l'avenir de notre environnement est non seulement imaginé, mais aussi organisé.

Nous prenons aujourd'hui les devants sur trois transformations sociétales:

  • MAISONS DU BIEN COMMUN - D'ici 2030, des acteurs des secteurs de la jeunesse, de la culture, du sport, des soins et de l'enseignement uniront leurs forces pour créer des lieux au service du bien commun, qui s'attaquent structurellement à la solitude, et à la fragmentation et la pression sur les infrastructures publiques.
  • QUARTIERS SANS ÉNERGIES FOSSILES - D'ici 2030, au moins dix quartiers mettront en œuvre la transition d'énergie de manière inclusive et abordable, en vue d'une sortie totale des énergies fossiles d'ici 2040.
  • PAYSAGES-ÉPONGE - D'ici 2030, nous réaliserons les objectifs en matière d'eau, d'agriculture et de nature selon une approche cohérente à l'échelle du bassin versant, au sein de laquelle de solides coalitions territoriales renforceront collectivement la capacité-éponge du paysage.

Afin de réaliser ces transformations, WORKROOM travaille aux côtés des pionnier·e·s parmi les concepteur·trice·s, les pouvoirs publics, les organisations et les entreprises, les administrations, les institutions de connaissance et les investisseurs à impact.

Par la conception co-créative, nous imaginons des chemins d'avenir partagés à travers des expositions, des publications, des trajectoires d'innovation et des programmes publics. Ils forment les 'workrooms' où nous connectons les acteurs qui ont les clefs en main pour concrétiser ces transformations. De là, nous mettons en place les conditions pour une appropriation collective ainsi que les modèles organisationnels, de financement et de gouvernance qui mènent à un changement réel.

Le nom est plus simple. L'engagement plus grand. WORKROOM est la maison partagée où nous portons les transformations socio-spatiales que personne ne peut réaliser seul. En temps de polarisation, de cloisonnement et d'instabilité, c'est peut-être la chose la plus radicale que nous puissions faire.